MARCHÉ NOIR

Leave a comment
INTERVIEWS / mode
informel blog,photo clara de souza, marché noir, Amah Ayivi ,interview

Pour ceux qui connaissent le Comptoir Général , le Marché Noir  la  boutique vintage créée par Amah Ayivi sur ses hauteurs, a pris son envol et a installé ses quartiers au sein du haut-Marais, au 18 rue Perrée à deux pas du Carreau du Temple.

 

LE LIEU

Le dépaysement est total quand on entre dans le lieu, ici pas de murs blancs, point de déco épurée et minimaliste, le parti pris des boutiques du coin, on est face à l’insolite : luxuriante végétation, lustres en coquillages, meubles anciens. Quand on continue l’exploration du lieu, on retrouve Gao Ville du Mali empire Songhaï du 8e siècle  ou encore le pays Tamberma au Togo, pays « des hommes qui façonnent la terre ». On voyage de Gao à Miami dans les années 50,60, un boudoir tout en déclinaisons de roses et lumières tamisées accueille les cabines d’essayage. Tout ici est pensé dans un mélange d’influences calculé, le fond et la forme s’y rejoignent de manière totalement atypique et tellement cohérente, jusque dans la touche « tropical vintage » du salon de thé attenant faisant penser à l’atmosphère d’ « Un anglais sous les tropiques » de William Boyd.

L’HISTOIRE

Le Marché Noir est le carrefour de toutes ces histoires,  la petite histoire rejoint la grande dans le circuit qu’emprunte les fripes vendues, circuit pour le moins insolite. Amah parle de (retour à l’envoyeur), oui les fripes vendues au Marché noir viennent en grande partie de Lomé au Togo dont Amah est originaire. Togolaise par mon père, il me demande si je connais le marché de Hédzranawoé , le plus grand marché de fripes de la ville dont les marchandises arrivent d’Europe des Etats-Unis et d’Australie, vendues par les ONG pour financer leurs projets . Europe/Afrique/Europe, d’où le « retour à l’envoyeur ». Hédzranawoé est sa caverne d’Ali Baba, il s’y rend plusieurs fois par an pour sélectionner les meilleurs pièces et former des gens sur place à avoir l’oeil. «  Je mets un point d’honneur à acheter au prix juste pour que chacun puisse vivre de son travail «  tient-il à préciser et ne cache pas que » cela reste du commerce avant tout, du commerce avec une éthique « .

Copyright_Lionel_MOREAUMN4_Copyright_Lionel_MOREAU©Lionel Moreau, Marché Noir, interview Informel blog, Amah Ayivi

©Lionel Moreau

AMAH

Si il est incontestablement le maître des lieux comme il se plaît à le souligner, il n’oublie pas l’équipe de la Walt Agency  quand il évoque les projets en cours,  il avoue sa saturation du wax et son envie de faire connaître des tissus africains plus traditionnels comme le Bologan ou le Kinté. Amah parle de son désir de travailler avec des artisans dans un mix de savoirs-faire culturels ( ex:Japon /Afrique autour du Kimono) et d’évènements autour de ses inspirations  portées par «  un regard anthropologique sur la beauté noire, les traditions et techniques oubliées « .  En préparation également un magazine Marché Noir et un bureau de style :  l’objectif ? Créer une marque tournée vers l’international. Las de l’uniformité des propositions de mode actuelles, Amah a cette envie de proposer avec son équipe une vision différente du style, très personnelle, plus alternative.

MN4_Copyright_Lionel_MOREAU©Lionel Moreau, Marché Noir, interview Informel, blog, Amah Ayivi

©Lionel Moreau

Dandy intemporel à l’élégance nonchalante et superman à temps plein, Amah est sidérant de sérénité face à toutes ses casquettes,  » Je me reposerais quand je serais mort  » plaisante-il.

Le maître des lieux, Amah Ayivi, expert en style d’origine togolaise et tête chercheuse du projet s’est donné pour mission de dénicher des pièces rares et marquées d’histoire, au grès d’explorations vestimentaires de par le monde. Des caves de nos aïeux aux marchés des rues en Afrique de l’Ouest, il sélectionne ce qui n’existe plus et compose des assemblages venus d’un autre monde. Directeur de casting pendant 10 ans, et fondateur de la Fabrique du style, Amah Ayivi est aujourd’hui également Directeur associé du groupe Walt (Le Comptoir Général).

 » C’est l’homme qui élargit la voie et non la voie qui élargit l’homme « 

MN1_Copyright_Lionel_MOREAU©Lionel Moreau, Marché Noir, interview Informel, blog, Amah Ayivi

©Lionel Moreau

Le maître des lieux a bien voulu répondre à quelques questions …

Marché noir, un clin d’oeil? un jeu de mots ?

Oui les deux à la fois. On a vraiment voulu garder une référence au continent africain, en rapport avec mes origines et à la provenance des produits. Jeu de mots, car la négociation et l’achat se font essentiellement sur les marchés.

Quel était le désir derrière ce projet ?

La volonté de base était d’aller sourcer en Afrique et de travailler avec les africains, en les formant sur place par la même occasion.

Explique nous le concept Marché noir

Marché Noir est une boutique de fripes en provenance d’Afrique, essentiellement du Togo pour l’instant.

Ce n’est pas de la fripe ordinaire, il y a ici une vraie sélection: principalement des pièces fortes, des coupes particulières, et un style véritable.

C’est aussi un bureau de style qui propose des tendances: des looks hors du commun à destination des designers et des stylistes.

A part le lieu encore une fois très réussi, en quoi le Marché noir se distingue des autres boutiques vintage de Paris?

Le Marché Noir se distingue par sa proposition commerciale et artistique, mais aussi par le fait que ce n’est pas seulement une boutique, mais un vrai concept lié au style.

Il a-t-il une signification derrière le circuit insolite emprunté par les vêtements ?

Oui et non. Oui par le fait qu’on envoie tout et n’importe quoi en Afrique, sans se soucier de l’utilité de ce qu’on envoie, ce qui pose sur place de vrais problèmes ( déchets, stockage, recyclage ).

Non parce que c’est aussi du business avant tout et un échange de compétences.

Le Comptoir Général, et maintenant le Marché Noir, deux lieux totalement atypiques dans un Paris un peu consensuel, est-ce une façon de faire bouger les lignes?

Oui disons qu’on ne fait pas les choses comme les autres et sans vouloir faire la leçon. On veut juste montrer notre envie de faire les choses différemment, de prendre des risques qui au final peuvent être payants.

©Lionel Moreau, Marché Noir, interview Informel, blog, Amah Ayivi

©Lionel Moreau

Ta philosophie? 

Le style c’est bien mais l’humilité c’est encore mieux…

Quel serait ta définition du style ?

Pour moi le style, c’est tout simplement un subtil mélange de notre personnalité et de notre caractère.

Comment définirais-tu ton style?

Ha ha ha, je n’ai pas de définition propre à mon style mais je dirais « hors codes… »

Qu’est ce que le mot INFORMEL évoque pour toi?

La légèreté, l’insouciance, un calcul parfaitement maîtrisé … mais dans un sens positif.

Les projets à venir?

Oui beaucoup de projets dans les tuyaux…

La magazine Marché Noir

Une collaboration avec Art Comme First

Une collection capsule MN (Marché Noir ) pour fin septembre

Un gros projet sur le Kinté ( tissu artisanal noble d’Afrique de l’Ouest )

S’exporter à l’international et développer des corners ou des pop-up en Suède en Afrique du Sud etc…

Merci Amah

Le Marché Noir c’est aussi un salon de thé, totalement alcool-free, on peut y déguster les délicieux jus de coco, de gingembre, de bissap…

 

Le Marché Noir au 18 rue Perrée  vaut vraiment le détour, tout ce qu’on leur souhaite c’est d’avoir le même succès qu’ils ont avec le Comptoir Général, lieu hybride et désormais mythique de Paris. Que le mélange de cultures prôné par le Marché Noir devienne un réflexe contre le climat ambiant qui tend de plus en plus vers le communautarisme… Tout ce qu’on redoute , que le Marché Noir victime de son succès devienne un phénomène de mode et perde alors, son côté alternatif.

Mixons nous !

Au 18, rue Perrée 3e  M° Temple.

Boutique ouverte du dimanche au mercredi, de 11 heures à 20 heures, et du jeudi au samedi, de 11 heures à 22 heures. Salon de thé ouvert tous les jours, de 8 heures à 22 heures.

Site : marchenoir

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *